édition du 25 avril 2000 
Numéro spécial
"Libres enfants du savoir numérique"
bi-mensuel de l'internet
culturel et politique
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Sommaire 

 
EDITORIAL 
 1. Le débat, enfin ! 
 
AUTOUR DU LIVRE 

2. L’anthologie du libre: une présentation.
3.Entrevue avec Florent Latrive.
4.Courte introduction à la cyberculture.
5.Stallman is a good guy. 
6.Allez enfants de Tycho la libre, le droit de lire est arrivé! 

 
REPERES 
7. GPL, la licence du libre. 
8.MP3, partez. 
9.Logiciels libres et hypertexte, même combat. 
 
 
CULTURE WEB 
10. Freescape: le site. 
11.Dmoz.org, un catalogue construit par les internautes. 
12.Richard Barbrook et l’H.R.C. 
13.Gnutella. 
 
ON AURAIT PU... 
14.La LICRA. 
15.Affaires en cours, ne pas tout confondre. Soutien à Altern. 
 
EDITORIAL 
1.Le débat, enfin! 
Nous consacrons ce septième numéro de 19clics à une présentation et discussion de l’ouvrage «Libres enfants du savoir numérique», publié par Olivier Blondeau et Florent Latrive aux Editions de l’Eclat. 
A la lecture de cet ouvrage, notre réaction a été simple: le débat, enfin! Enfin, une occasion de rompre avec cette langue de bois et de caoutchouc qui décline sur tous les tons le discours d’une modernité creuse, imposée, et profondément conservatrice. 
Nous revendiquons le droit de choisir notre modernité. 
Nous ne savons pas quelle sera l’audience de cet ouvrage. Mais, au moins, nous aurons essayé, totalement convaincus, d’ailleurs, que le discours de modernisation-sans débat public est voué à l’échec. Tant il est illusoire de s’imaginer que l’Europe et la France pourraient faire l’économie d’un tel débat pour «rattraper les Etats-Unis» (qui, eux, débattent en continu, et cela depuis de nombreuses années). 
L’ouvrage soulève les principales questions qui intéressent 19clics et ses lecteurs: la liberté d’expression et le droit à la communication, les effets politiques et culturels du numérique, le modèle du travail en réseau. Il s’efforce de rendre compte des relations entre technologie et création, économie et droit. 
Nous connaissions certains textes publiés ici, par exemple les manifestes de Barlow et Stallman. On pouvait s’étonner que ces textes n’aient pas encore été proposés au public français. L’ouvrage nous a permis de faire des découvertes, en particulier les interventions de Barbrook et l’HRC. 
Sur la question centrale du «libre» et de son extension à d’autres formes d’expression, comme la publication des textes, notre point de vue (comme tout le projet de 19clics) est «en construction». Raison de plus pour ouvrir le débat. Raison de plus pour ouvrir le débat. C’est pourquoi nous sommes allés interroger Florent Latrive (texte de l'entrevue) et nous accueillons la contribution d’un des pionniers du numérique en France, Alain Giffard (article intitulé Stallman is a good guy). 

Mais c’est d’abord à nos lecteurs que nous adressons cet appel à débattre: lisez le livre, écrivez nous.  
Discutons. 
La rédaction 
 
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AUTOUR DU LIVRE 

2. L'anthologie du Libre: une présentation 
Les éditions de l’éclat font partie de ces très rares éditeurs français qui accordent une place convenable au débat politique sur la société de l’information. 
Michel Valensi, qui les anime, a déjà publié plusieurs ouvrages représentatifs du courant libertarien radical de la cyberculture: TAZ d’Hakim Bey, la «Résistance électronique» du Critical Art Ensemble, sans oublier un recueil de Philip.K.Dick. 
«Libres enfants du savoir numérique» est centré sur l’hypothèse d’une nouvelle économie du savoir qui se distinguerait et s’opposerait aussi bien à l’«ancienne économie», qu’à la nouvelle économie officielle, tellement chahutée ces derniers jours. 
A partir de nouvelles manières d’apprendre, de créer, de communiquer, se mettraient en place les éléments d’une nouvelle organisation du travail, d’une autre régulation économique, et, finalement, d’un autre droit. 
Les amateurs de clarté idéologique en seront pour leurs frais (179 FF). Les textes rassemblés ici proviennent d’origines diverses. Leurs inspirations et leurs positions sont souvent heureusement contradictoires: libéraux de tout poil, libertaires à l’américaine et républicains à la française, protomarxistes et para-situationnistes. 
Olivier Blondeau se signale en regroupant dans le même article des références positives à John Perry Barlow, Karl Marx, Pierre Lévy, André Gorz… Réconcilier les émules de Jean-Paul Sartre et de Teilhard de Chardin dans une revue du P.C.F, vous n’en aviez jamais rêvé, la cyberculture l’a fait! 
Mais l’éclectisme est probablement la rançon nécessaire du genre éditorial adopté. «Libres enfants du savoir numérique» n’est pas une thèse, c’est une anthologie. 
Le premier chapitre est une sorte de longue introduction sur le thème: liberté et pouvoir dans le cyberespace. 
Il comprend, notamment, des textes célèbres du fondateur de l’Electronic Frontier Foundation, J.P.Barlow, ainsi qu’une critique intéressante de l’idéologie californienne, dont J.P.B est un des ténors, par Richard Barbrook. 
Mais le corps de l’ouvrage, ce sont les textes rassemblés par les deux éditeurs, au sens anglais, Florent Latrive et Olivier Blondeau, autour du thème du «libre». 
Le dossier rassemblé ici est remarquable et constitue bien ce que Florent Latrive appelle la «boîte à outils du libre»: un point complet sur les logiciels libres et la source ouverte, avec les textes de base de Stallman et Raymond; une extension de la logique «source ouverte» aux domaines du texte et de la musique. 
Il n’est pas utile, pour bénéficier de cette lecture, de partager la conviction d’une nouvelle économie du savoir numérique, ni d’adhérer à la définition qui en est ici proposée. 
 La lecture de cette anthologie est nécessaire, non seulement pour s’initier au domaine du libre, mais pour connaître certains textes fondamentaux de la cyberculture. 
C’est un livre qui manquait.
--Francis Linart--

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3. Entrevue avec Florent Latrive 
 

19clics: La première partie du livre est consacrée aux questions générales: l’ordre, la liberté sur l’internet. Elle présente des positions contradictoires. Pour commencer, quelle est l’influence réelle de Barlow, par exemple auprès des grands décideurs américains?  

Florent Latrive: 
Barlow est le fondateur de l’Electronic Frontier Foundation (EFF),et un militant de la liberté d’expression sur l’internet. C’est un libertarien dont les thèses sont quasi incompréhensibles en Europe où on a toujours tendance à vouloir la synthèse: la liberté comme idéal et le besoin de l’état comme organisateur de ces libertés. 
En même temps, Barlow est riche et sait parler d’argent aux patrons américains. 
Il a une double casquette: il sait comprendre et anticiper leurs envies de business et, en même temps, leur faire entendre un discours sur la liberté d’expression. 

19 clics: Son discours a-t-il une influence concrète? 

Florent Latrive: Sa déclaration d’indépendance du net a été largement relayée. Avec la montée en puissance du commerce électronique aujourd’hui, tous ces libertariens de la première heure ont maintenant un rôle moins important que certains politiques ou industriels de la Silicon Valley. Mais Barlow conserve une certaine influence, comme on l’a vu récemment dans l’affaire etoys contre eToys. Il s’est mis résolument du côté des artistes et la voix officielle sur l’internet a été la sienne. C’est une voix autorisée. 
Pour faire une comparaison avec la France, on peut prendre l’exemple de Valentin Lacambre, le patron d’altern. 
Il se situe dans une tradition largement moins imprégnée de business, beaucoup plus libertaire, aussi méfiant vis à vis de l’Etat que des puissance commerciales. 
Il n’a pas la même influence et, surtout,  il représente une parole non autorisée. Je me souviens que lorsque un grand hebdomadaire français cherchait à faire un face à face entre Jean-Marie Messier et un représentant de ce qu’ils appelaient le net indépendant, quelqu’un a proposé Valentin Lacambre et on lui a répondu: Valentin Lacambre, ce n’est pas sérieux. Ils ont donc choisi Michel Meyer de Multimania, cotée en bourse…. 
Évidemment, le résultat du face à face Meyer/Meissier, c’est qu’ils n’ont pas de différents sur le rôle de l’internet.  
Aux États-Unis on pourrait envisager un face à face entre, par exemple, le patron de la Général Motors et Barlow. Le discours de Barlow colle très bien au discours libéral. En France dès le départ, Lacambre dénoncerait les prix trop chers et la mainmise des entreprises sur le réseau. Il y a, ici, une méfiance vis à vis de l’argent que n’a pas du tout Barlow. 

19 clics: Quels sont les rapports Barlow-Barbrook? 

Florent Latrive: Ils se haïssent formellement. Barbrook dans son article «The Californian Idéology» décrit très bien ce mélange curieux et très américain d’utopie libertaire et de relation très forte au business, l’idéologie californienne. 

19 clics: comment vous situez-vous entre ces deux courants? 

Florent Latrive: Ca dépend. Certains matins, je vais me réveiller plus proche de Barlow,  et d’autres, plus près de Barbrook . On n’arrive pas à faire la synthèse; on a donc tenu à ce que les deux positions se répondent. La position de Barlow est très américaine: on ne peut pas imaginer ce genre de position en France pour plusieurs raisons, y compris historiques. Je me sens plus proche de Barbrook, ne serait-ce qu’en raison de ses références situationnistes. Les références de Barlow sont celles de Jefferson, de la constitution américain. 

19 clics: La deuxième partie du livre est consacrée à la «nouvelle économie du savoir numérique», est elle–réaliste, et d’autre part est-elle «juste»? Les grands bénéficiaires ne seront-ils pas les gens des tuyaux, du hard et du commerce électronique? 

Florent Latrive: L’internet était constitué, au début, d’un réseau d’individus soucieux de mettre à disposition le savoir de façon pratiquement libre. Cette logique et celle des grandes entreprises qui investissent aujourd’hui le web se mêlent très difficilement. 
Ce qui nous a intéressé dans tous ces textes, c’est le renversement de points de vue.  
Aujourd’hui s’affrontent, on le voit bien en matière de droits d’auteur, la conception européenne et la conception américaine. C’est un débat qui est très intéressant mais je pense que sur internet il manque un peu de profondeur. Rappelons nous à l’origine à quoi servent le droit d’auteur et le copyright. Ce sont des concessions aux auteurs pour favoriser la diffusion de  la connaissance. Le but premier est bien la diffusion de la connaissance, pas la protection des auteurs. Le risque, à vouloir trop défendre le droit d’auteur et le copyright sur internet, est d’étouffer la diffusion de la création.  
Avec l’internet et le numérique on peut très bien basculer dans un monde de copie libre tous azimuts où la législation sur les droits d’auteurs devient caduque de facto, où il n’y a plus de rémunération, ce qui est vraiment catastrophique. Ou alors, à l’autre extrême, on peut basculer dans un monde à la big brother où chaque copie est tracée, avec des tatouages,  des alertes: bref dans ce cas, la diffusion de la connaissance n’existe plus. Il est évident  que la solution la meilleure est entre les deux mais la cohabitation de plusieurs systèmes est difficile. L’idée de ce livre est de privilégier le modèle libre parce que le discours actuel est celui de la protection à tout prix. Le MP3 en est un bon exemple et l’on finit par oublier l’intérêt général. 

19 clics: Quelles sont les formes possibles de retour sur le réel? 

Florent Latrive: La validité d’un tel modèle? C’est l’une des questions majeures, on ne peut pas l’escamoter.la question est celle de la balance entre l’intérêt général de la diffusion de la connaissance et l’intérêt particulier des auteurs. 
Ces deux aspects se rejoignent aussi car, si les auteurs ne sont pas rémunérés, l’on peut craindre qu’il y ait moins d’auteurs, ou qu’ils soient moins indépendants. Il n’y a plus de connaissance à diffuser donc c’est une question de balance entre les deux. 
On est dans un modèle qui vacille énormément en ce moment. Il est très important que ce débat soit mis sur la table et pas uniquement de façon tronquée, comme la pétition des éditeurs sur le droit de prêt qui circule en ce moment. Ca m’horripile car c’est un débat tronqué, de même que le débat droit d’auteur/copyright est un débat tronqué. Il faudra reconsidérer tout cela dans son ensemble, en incluant aussi les brevets, pour obtenir, à l’arrivée, un corpus législatif qui reprenne une balance à peu près juste, comme celle qu’on a aujourd’hui dans un monde analogique et qui permette à la fois une vaste diffusion de la connaissance et qui ne transforme pas les auteurs en soutiers d’une économie privilégiant les tuyaux et le marketing. 
L’inanité du débat actuel provient largement du flou entretenu entre rémunération des auteurs, droit moral et rôle des intermédiaires, représentants intéressés des créateurs, que ce soient les sociétés de gestion collective des droits, comme la Sacem, ou les éditeurs. 

19 clics: Et comment voyez vous ce système? 

Florent Latrive: Je ne suis pas devin mais il y a quelques pistes, comme l’équivalent juridique de la position prise par Stallman avec le GPL. Actuellement, quand on met un texte à disposition du public, ce qui s’applique par défaut, c’est la législation du droit d’auteur; si on veut faire autrement, il faut le signaler. Le GPL appliqué au texte permettrait que la parole d’un individu ou d’un groupe soit relayée le plus possible sans qu’elle soit privatisée. Il faut faire cohabiter une sphère où les gens vivent de leurs créations  intellectuelles et une sphère où les idées se diffusent gratuitement. Il faut qu’il y ait des lois de protections différentes. 
Avec l’internet et le numérique, la création intellectuelle bascule: d’un univers dominé par le professionnalisme de marchands, intermédiaires obligés, on passe à un univers où tout un chacun peut diffuser la connaissance et la relayer, hors de la sphère commerciale. Ces deux logiques doivent se mêler, s’affronter. 

19 clics: Dans le livre, vous ne prenez pas particulièrement partie pour un éventuel rééquilibrage…  

Florent Latrive: Non, mais c’est parce qu’on voudrait que le livre soit le point de départ de discussions. C’est pour cela qu’on a pris les textes de personnes qui ont des positions qu’on peut juger délirantes. Par exemple, Ram Samudrala, à propos de la musique, dit «la rémunération des auteurs, ce n’est pas le problème, on met en ligne gratuitement nos œuvres et on sera payé par la publicité, par la vente de teeshirts…». Imaginons que Balzac ait été obligé de vendre des teeshirts  «I love Balzac», c’est délirant. On a voulu donner la parole à des gens comme ça pour qu’il y ait débat.  

19 clics: N’y-a-t-il pas un risque que les auteurs qui mettent librement à disposition leur texte se fassent éventuellement manipuler ou qu’il y ait des exploitations commerciales qu’il désapprouvent? 

Florent Latrive: C’est un problème intéressant. Il y a des gens qui réfléchissent là dessus en ce moment. Là se pose la question de l’intention de publication.  
Il y a sur l’internet des exemples de privatisations de travail bénévole. Je pense en particulier au site Internet Movie Database qui était, à l’origine, le fait d’une création collective. Il y a eu appel à contributions. Ce sont les internautes eux-mêmes qui faisaient des fiches sur le cinéma. Ils ont rassemblé des données colossales sur le cinéma, extrêmement précises et fiables. Maintenant le site est privatisé; le travail des internautes a été privatisé; il y a des bandeaux de pub. La récupération du travail intellectuel des bénévoles n’a pas provoqué de procès. Il n’y avait pas de procès possible et c’est bien là le problème. Il faudrait qu’il y ait des structures, des aides qui permettent de mettre à disposition le savoir sans pillage possible, de le conserver «libre». 

19 clics: Vous pensez à quelles genres d’aides? 
 

Florent Latrive: Des aides elles-mêmes collectives. On peut imaginer un réseau de juristes spécialisés, ou bien un site spécialisé avec des règles ou des exemples qui permettent de guider quelqu’un qui voudrait mettre son travail à disposition sans risque de se faire piller. Il ne faut pas que les œuvres collectives bénévoles soient récupérées par les fabricants de tuyau. Il faut qu’il y ait possibilité de choix. Dans l’exemple du logiciel libre, le GPL est le verrou de Linux qui interdit à toute personne de s’approprier complètement le logiciel. En revanche, il n’est pas interdit d’en faire du commerce. Encore une fois, c’est une attitude américaine; en France, on n’en est pas là. D’autre part, la récupération peut être faite par des entreprises qui ne vous plaisent pas. Prenons l’exemple d’un texte sur la Shoah mis à disposition sur l’internet. Il peut être commenté, augmenté, mais comment réagir si ce texte se trouve sur un site révisionniste? L’auteur ou les auteurs peuvent légitimement s’en émouvoir. 
Il existe dans la GPL, une dimension qui ne prend pas en compte le droit moral. On peut imaginer que l’auteur mette des conditions de réutilisation. La GPL est comme un contrat qui prend sa place dans la loi de la propriété intellectuelle. Elle se fait dans le cadre de ce qui existe déjà. 

La différence entre droit d’auteur et copyright brouille le débat plutôt qu’elle ne l’éclaire. Cette différence n’est pas l’enjeu principal aujourd’hui. L’enjeu principal, c’est la privatisation de la connaissance. C’est, en résumé, de revenir à la base de toutes les législations du monde entier sur la propriété intellectuelle: quel équilibre les législations seraient-elles censées respecter?  
Prenons l’exemple de la prolongation des droits d’auteur. Le cas de Disney l’illustre bien. Tous les personnage de Disney sont menacés de tomber dans le domaine public. Il va y avoir un lobbying considérable; il y a des chances que les États-Unis lâchent et que la durée des droits soit prolongée. Ca pose un vrai problème. Qu’est que cela veut dire de prolonger ad vitam aeternam le droit d’auteur ou le copyright. C’est du big business, pas une réflexion sur l’intérêt général et la diffusion de la connaissance. 

19clics: Quelle est l’étendue du mouvement du Libre en France? 

Florent Latrive: Au départ il concernait le logiciel libre, puis il s’est intéressé aux arts. Les pionniers du web français réfléchissent sur le libre (V. Lacambre, Iris, B. Lang, Arno de Scarabée). 
Nous avons ouvert sur Freescape une liste de diffusion depuis une semaine. Les premiers sujets déjà en discussion tournent principalement autour du prêt en bibliothèque. Une contre-pétition est ouverte. On souhaite un véritable débat là-dessus. 
Nous n’avons que des points d’interrogation. Les positions extrémistes peuvent nous conduire dans le mur. A trop défendre le droit d’auteur, on risque d’aller dans une zone où le droit des auteurs n’existera plus et où le savoir sera privatisé. Bref, l’inverse de celui recherché par les défenseurs les plus en verve du droit d’auteur. 
En France, comparer la création d’un logiciel avec la création d’une œuvre littéraire est honteux. On ne dit pas que c’est la même chose, mais la création logicielle est un bon terrain d’expérimentation de ces questions pour les œuvres littéraires.
-- Catherine Ficat et Elsa Zakhia -- 

Clic interne:
etoys contre Etoy, mauvais joueurs en ligne : [http://www.altern.org/19clics/Numero02/2000-01-02.htm#2]


Richard Stallman,Lire le texte de Stallman
fondateur du concept de logiciel libre,
réagit aux propos de Florent Latrive

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4. Courte introduction à la cyberculture
 
  1. Grâce à «Libres enfants du savoir numérique», certains textes célèbres de la cyberculture sont enfin édités en français. La France n’a pas vraiment connu la cyberculture. Le tournant de l’internet a d’emblée coïncidé, ici, avec l’essor du commerce électronique et de la net-économie, sans cette longue période de démarrage de l’internet qui a justement fourni le terreau de la cyberculture.
  2. La cyberculture, c’est d’abord un phénomène «techno». C’est la culture des gens qui ont successivement développé l’ordinateur personnel, la réalité virtuelle, l’internet. «The Art of Human Computer Interface Design», édité en 1990 par Brenda Laurel, est un bon exemple de cette première cyberculture techno. Parmi les auteurs, on relève les noms d’Alan Kay, Timothy Leary, Ted Nelson, Myron Krueger. Les livres du journaliste Howard Rheingold, et de Benjamin Wooley (l’excellent «Virtual worlds» en Penguin Books, 1993) ont fait connaître ce courant. 
  3. D’emblée, la cyberculture fait de la politique. Le premier ouvrage de Ted Nelson s’appelait «Computer Lib» et prônait l’ordinateur comme instrument de critique des mass-médias. Les ténors de l’internet (Cerf, Postel), les leaders de certaines sociétés (Gage chez Sun) se sont rapprochés de Clinton-Gore lors de leur première campagne présidentielle, pour l’initiative «autoroutes de l’information». «Libres enfants du savoir numérique» présente deux courants importants: les libertariens, avec Perry Barlow et l’Electronic Frontier Foundation (créée avec Mitch Kapor, le fondateur de Lotus), et le courant des logiciels libres, dont Stallmann est la figure de proue.
  4. Et puis, la cyberculture, c’est la culture sous ses formes habituelles: la science fiction de Sterling et Gibson (il invente le terme «cyberespace» dans Neuromancer, en 1984), les interventions de Leary et Burroughs («La révolution électronique»), les références à Barthes et Derrida, les cédéroms de Laurie Anderson et Peter Gabriel, l’idéologie californienne, mais aussi la «contre-culture». 

  5. Le «User’s Guide», publié par le magazine Mondo en 1992 est une bonne introduction à la cyberculture de ces années là. Avant de devenir une sorte d’Expansion américain de la net-économie, le journal Wired était aussi un bon témoin de la cyberculture. 
  6. Deux questions pour finir: qu’est ce que la cyberculture en 2000? y a t il une cyberculture française ou européenne?

  7. --Edgar Lulle -- 
Quelques références imprimées:
- «The art of human-computer interface design»; editor Brenda Laurel; Addison-Wesley; 1990. $34.95 US. 
- «Virtual Worlds. A journal in hype and hyperreality»; Benjamin Woolley; Penguin Science; 1993. - £6.99. 
- «Computer Lib»; Ted Nelson; Redmond: Tempus; 1987. 
- «Neuromancien»; William Gibson; J’ai lu SF; 1992.  
- «La révolution électronique»; William Burroughs; traduction de l’édition allemande de 1970; Maldoror presse,b.p 439, 25079 Besançon cedex. 55FF. (dans le genre copy ultraleft; vous devriez pouvoir trouver une édition plus officielle; merci de nous l’indiquer). 
- «A User’s Guide to the New Edge»; Rudy Bucker, R.U. Sirius & Quenn Mu; Mondo 2000; Thames and Hudson; 1993.£12.95.180FF.
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5. Stallman is a good guy 
Pour m’intéresser sérieusement à la piste ouverte par les logiciels libres, j’ai dû surmonter pas mal de réticences personnelles: aversion pour un style péremptoire et prophétique qui rappelle de mauvais souvenirs, méfiance persistante pour le libertarisme américain (j’aime les anarchistes autant que les banquiers, mais séparément), simple question de goût: «source ouverte», on dirait un slogan charismatique ou un de ces affreux rayons de développement personnel qui encombrent les librairies. 
Finalement, l’affaire est intéressante et Stallman is a good guy (croisons nous les doigts).  
Il y a un point qui semble acquis. Nous allons bien vers cette nouvelle économie des savoirs et de la culture qu’évoque l’anthologie rassemblée par Latrive et Blondeau. Il faut entendre «économie» dans le sens le plus général d’une nouvelle organisation, d’un régime global du travail intellectuel, de la création, dans une direction plus collective, plus coopérative. 
Cette tendance correspond à des données de fond: l’allongement de la durée des études, l’aspiration d’un nombre croissant de personnes à s’exprimer et à créer. Il y a ici une prise de parti démocratique; il faut pour le moins considérer que ces aspirations et ces données nouvelles n’entraînent pas l’effondrement de la culture occidentale classique… 
Le savoir, la culture ne sont pas strictement «qualitatifs». Un plus grand nombre de participants permet d’enrichir l’information, de tester les procédures, d’affiner la critique et d’assouplir les consensus. 
C’est exactement cette méthode qui fait la qualité de Linux. Mais on l’expérimente aussi bien par une intervention régulière sur un forum de qualité. 
Comme le web, les logiciels libres n’ont pas seulement démontré la «faisabilité» d’une approche plus ouverte. Ils attestent, dans des secteurs non négligeables, comme l’ingéniérie informatique, la publication de textes, le traitement de l’information et les médias, de cette supériorité des démarches coopératives, ouvertes, en réseau. 

Ici, une digression qui devrait être inutile: il n’y a pas de supériorité de l’œuvre collective sur l’œuvre individuelle (l’Encyclopédie n’est pas meilleure que le Neveu de Rameau, ni un film de Fritz Lang meilleur qu’une photo de Cartier Bresson); encore moins l’œuvre collective devrait elle supplanter l’œuvre individuelle pour causes de modernité. 
Mais, dans tous les cas où le travail est fondamentalement une activité coopérative, situation que les industries de l’information ne cessent d’étendre, le réseau, la source ouverte constituent une méthode et une technologie supérieures. 
Pourquoi une encyclopédie devrait elle se limiter à quelques dizaines d’auteurs, se priver de contributions  plus spécialisées, de points de vue contradictoires, d’un enrichissement par les lecteurs? 
Il y a de grandes différences entre les logiciels, les textes, la musique et les images. La fabrication de logiciels est a priori une activité industrielle, donc collective, ce qui n’est pas le cas de l’écriture de textes. 

On entrevoit bien, cependant, les pièces communes d’un dispositif d’ensemble: 

  1. la mise à disposition de données et d’instruments communs; la numérisation des données publiques est essentielle; restent à régler le droit de citation, de copie privée, et le domaine public au sens où l’entend Philippe Quéau dans sa contribution à l’ouvrage. 
  2. des modes de fabrication, de publication, ouverts, favorisant l’intervention du public; ce n’est pas seulement une question juridique, c’est aussi une question de technologie culturelle; elle peut être considérée comme réglée pour les logiciels, elle ne l’est pas pour le texte.
  3. un cadre contractuel, et, peut être une évolution du cadre légal; il faudra assurer non seulement une liberté de choix, mais aussi une réelle compatibilité entre le droit d’auteur traditionnel et la source ouverte.
  4. une éthique ou une philosophie commune; il n’est pas si simple de transformer en éditeur un modérateur de forum; plus généralement, le système doit permettre à des personnalités de se révéler, sans susciter de parasitisme. 

Je suis moins convaincu par les solutions économiques stricto sensu, par la manière dont le «libre» règle les questions d’argent. 
Stallmann a raison d’insister sur la différence entre «logiciels libres» et «logiciels gratuits». Sur le net, la gratuité est souvent équivoque. 
Dans le domaine culturel, il est indispensable que la gratuité coexiste avec le paiement: pas seulement pour des raisons démocratiques ou sociales, mais, plus fondamentalement, parce que la gratuité autorise une approche plus curieuse, plus ouverte, plus désintéressée des œuvres. 
En revanche, si, aujourd’hui, la nouvelle économie sait rémunérer les tuyaux, les services, le commerce électronique, elle ne sait pas financer correctement les contenus. Il ne faut pas y voir une quelconque malignité de l’e-commerce. Simplement, l’activité éditoriale n’a pas encore trouvé directement son marché sur le net. Elle est toujours, pour l’essentiel,  rémunérée indirectement, par la publicité, l’exploitation des bases de clientèle, le lien avec le commerce électronique, ou les autres formes de bouclage sur le réel. 
Une situation où les contenus et leurs auteurs sont rémunérés directement est manifestement préférable, pour des raisons culturelles aussi bien qu’économiques. Il n’y a pas encore de solution claire et le libre ne fournit pas véritablement de pistes. Aussi convaincant qu’il soit, le modèle Red Hat/Linux est difficilement généralisable. 
-- Alain Giffard-- 

Richard Stallman,Lire le texte de Stallman
fondateur du concept de logiciel libre,
réagit à l'article d'Alain Giffard


6.  Allez enfants de Tycho la Libre, le droit de lire est arrivé! 
«Libres enfants du savoir numérique», commence par une nouvelle de Richard Stallman, gourou visionnaire du logiciel libre. C’est une courte nouvelle de science fiction. Elle en a tout l’apparat. La scène se passe en 2047. Un jeune étudiant vit dans l’angoisse que l’on découvre qu’il a prêté son ordinateur et dévoilé son mot de passe à une étudiante, pour qui il a un faible, et qu’ainsi, elle pourrait lire ses livres. Ce qui est formellement interdit en vertu des lois sur la propriété intellectuelle de 2047. Les deux contrevenants risquent l’exclusion définitive de l’université pour avoir, en quelque sorte, prêté et emprunté un livre.  
L’histoire se termine bien. Les deux fautifs se marient, émigrent vers «Luna» et à «Tycho» éclate une révolution pour rétablir le droit universel de lire. 

L’histoire serait juste plaisante si Stallman, en épilogue, ne montrait que toutes les restrictions qu’il décrit dans sa nouvelle ne sont que des extrapolations de textes, de règlements et de projets, élaborés dès le milieu des années 90 pour combattre le piratage informatique.  

On se dit que c’est vrai, qu’il faut être vigilant, mais que l’on a le temps. Alors on ouvre son journal et on lit une pétition, signée de gens que l’on aime plutôt bien d’ordinaire, qui militent pour le prêt payant dans les bibliothèques et l’on se prend à penser que le texte de Stallman est d’une brûlante actualité. Il suffit pour cela d’extrapoler aussi. Pas jusqu’en 2047, disons jusqu'à l’année prochaine, deux ans maximum. 

Rapprochons plusieurs sujets qui n’ont en apparence rien à voir entre eux. D’abord le prêt payant dans les bibliothèques. Qui, dans ceux qui signent aujourd’hui les pétitions médiatiques, a posé la question du livre numérique? Car qui dit payement dit aussi contrôle et verrous. Comment peut-on prêter un fichier numérique, s’il faut payer. Cela n’a pas de sens, on ne peut alors que le vendre. Dans l’univers numérique, le prêt payant, c’est sans doute l’interdiction du prêt. On se déplace ensuite un peu vers le champ de la musique et on observe le combat des représentants des ayants droits contre la copie privée. (les cloisonnements administratifs, renforcés par le brouillard technologique, font que ceux qui travaillent sur le premier sujet ont rarement à connaître du second). Interdire la copie privée, lorsqu’il s’agit de musique, beaucoup concède que cela pourrait être nécessaire. Mais lorsqu’il s’agit de texte, c’est interdire ce qui a permis jusqu'à présent une bonne part de la transmission de la connaissance. Qui peut assurer que ce qui sera mis en place pour la musique ne concernera pas le texte.  

On reste rêveur. Ainsi, demain, je ne pourrais ni prêter, ni copier mes livres électroniques... Et si je n’y consens pas, je serai nécessairement passible d’amendes lourdes surtout si j’essaie de contourner les verrous électroniques qui auront été apposés. 

Monsieur Stallman, vous étiez bien optimiste quand vous placiez votre nouvelle en 2047. C’est maintenant qu’il faut rejoindre «Tycho» et nous savons ce qu’il nous reste à faire.
-- Pierre Bastogne -- 
 
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REPERES 
7. GPL, la licence du Libre  
La GNU-GPL ou GPL (General Public License) est une licence qui comporte un ensemble spécifique de conditions qui permettent de copylefter un travail. Par cette licence, l’auteur permet toute utilisation, modification et diffusion de son travail à condition que le diffuseur accorde la même licence aux destinataires; par conséquent tout travail dérivé d’un travail soumis à la GPL doit rester libre. L’auteur met à disposition le code source qui désigne la forme sous laquelle les modifications de ce travail sont les plus aisées. Conçue en 1983 par Richard Stallman, fondateur de la Free Software Foundation, la GPL avait pour objectif de permettre aux programmeurs de partager un logiciel. Actuellement, cette licence cherche à s’étendre à toute oeuvre de création sous forme numérique, mais les textes de la GPL restent encore très emprunts des termes très informatiques tels que programme et logiciel. 
La GNU-GPL se situe dans le cadre juridique légal. L’article 7 de la licence laisse cependant entendre que les travaux sous licence GPL sont susceptibles d’être attaqués pour contrefaçon et que certaines obligations légales seraient incompatibles avec la GPL qui conclut dans ce cas: «vous ne devez pas distribuer le Programme». La GPL reprend la notion de copyright auquel elle ajoute des conditions qui prévoient la liberté de réutilisation, de modification et de reproduction. La GPL figure en général au début du fichier source concerné. Ainsi, pour un travail de type non logiciel, elle prend la forme suivante: 
__________________________ 
<nom du travail et description ce qu’il fait> 
© <date, auteur> 
«cette information est libre, vous pouvez la distribuer et/ou la modifier selon les termes de la GNU-GPL telle qu’elle est publiée par la Free Software Foundation...» 
«ce travail est distribué dans l’espoir qu’il sera utile, mais sans garantie...» 
«vous devez avoir reçu une copie de la Licence Publique Générale GNU avec ce travail...» 
__________________________ 

Née aux États-Unis, et dans le monde de l’informatique, la GPL nécessite quelques adaptations pour être en accord d’une part avec le système français et d’autre part pour s’appliquer aux œuvres de type non logiciel. Certains, comme Bernard Lang, Michael Stutz ou Arno Martin travaillent à ces adaptations.  
Par ailleurs, il existe plein d’autres licences et le site gnu.org les répertorie tout en indiquant leur degré de conformité avec la GNU-GPL ou en les modifiant quelque peu. C’est donc un chantier en cours et on aimerait connaître les réactions des juristes. 
--Maya Kalsé -- 

 
Clic interne: Florent Latrive, dans l’interview qu’il nous a donné, aborde la question de la GPL: 
[http://www.altern.org/19clics/2000-04-07.htm#3]
Clic officiel: Incontournable du libre, le site du projet GNU et de la FSF: [http://www.gnu.org]
Pour en savoir plus: 
Texte de la licence GPL:
Version anglaise: [http://www.gnu.org/copyleft/gpl.html] 
Version française (traduction non officielle mais signalée par GNU): [http://www.linux-france.org/article/these/gpl.html] 
Commentaire des différentes licences: 
 
[http://www.gnu.org/philosophy/license-list.html]
«Libres enfants du savoir numérique» «Logiciels libres: une introduction», par Benjamin Drieu. p.341 (version papier) et : 
[http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Drieu/drieu.html]. 
«Catégories des différents logiciels libres et non libres», par la FSF. p.351 (version papier) et: [http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Drieu2/drieu2.html] 
«Appliquer le Copyleft à de l’Information de type non logiciel», par 
Michael Stutz. p.364 (version papier) et: [http://www.freescape.eu.org/eclat/3partie/Stutz/stutz.html].
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8.
MP3, partez
 
MP3, c’est le diable. Ces deux lettres et ce chiffre sont aujourd’hui accusés d’une grande part des maux de l’industrie musicale. Les producteurs de musique et les sociétés d’auteur s’évertuent à accoler au MP3 les mots de piratage, d’illégalité, de vol. Dans le feu d’une allocution, le représentant d’une grande société d’auteur est même allé un jour jusqu'à mettre le MP3 sur l’internet sur le même plan que la pédophilie... 

Le flou et les malentendus qui règnent autour du MP3 sont significatifs de la désinformation qui sévit souvent autour de l’internet. 

MP3 ou plus exactement «MP layer 3» est d’abord une norme ouverte, assez ancienne (1992), incluse dans la norme plus générale d’encodage et de compression des images animées MPEG 2. La norme MP3 permet de coder et de compresser du son, en supprimant les plus hautes et les plus basses fréquences inaudibles à l’oreille humaine. Elle réduit ainsi très sensiblement le poids des fichiers électroniques des morceaux de musique (12 fois environ). MP3 n’a donc, en soi, rien d’illégal. 

Mais MP3, c’est aussi un site portail sur l’internet: MP3.com. Un petit malin a déposé le nom de domaine et a créé le premier portail musical en libre accès. Vous êtes musicien, vous déposez vos compositions codées en MP3 sur le site MP3.com, qui n’est rien d’autre qu’un hébergeur gratuit spécialisé dans la musique. Vous déclarez en ligne accepter les clauses d’un contrat, dont rien ne dit qu’il est vraiment légal. Associés au milliers d’autres compositeurs qui font comme vous, vous suscitez un bon trafic sur le site MP3.com, qui se rémunère avec les bandeaux publicitaires. Là encore, rien d’illégal, sauf si vous mettez dans votre répertoire des morceaux dont vous n’avez pas les droits, mais c’est formellement interdit par l‘hébergeur. 

Si MP3 attire les foudres des professionnels, c’est avant tout parce que ce format d’encodage est extrêmement simple à manipuler avec des logiciels d’écoute, de codage et d’enregistrement aux interfaces très intuitives et disponibles gratuitement sur le réseau. Vous mettez un CD dans votre lecteur de cédérom. Vous choisissez un morceau. Un clic, quelques minutes, il est au format MP3 et de suffisamment petite taille pour être téléchargé facilement sur un site, voire joint à un message électronique. Alors, les gamins des collèges et des lycées, et jusque dans les écoles, ont commencé à échanger et à collectionner les morceaux en MP3 comme on collectionne les images de footballeur. Certains ont sur leur disque dur de quoi écouter de la musique sans discontinuité pendant plusieurs années... Associés au graveurs, ils peuvent se faire des «compils» perso et pendant ce temps, les producteurs voient leur chiffre d’affaires baisser. Dommage! 

Si l’on tente de s’éloigner un peu de l’arène où l’on pourfend les pirates à coups de vociférations, on peut quand même dire que sur l’internet, les marchands veulent le beurre numérique et l’argent du beurre numérique. Je m’explique. Ce qui fait le succès de l’internet, comme ce qui a fait le succès de MP3, c’est la simplicité, l’ouverture et l’interopérabilité, permettant dès lors un déploiement sur l’ensemble de la planète. Et les marchands de saluer la mondialisation des marchés. Mais la simplicité, l’ouverture et l’interopérabilité rendent l’ensemble du réseau et de ses normes : MP3 mais aussi ICQ (dialogue en direct) et d’autres encore difficiles à contrôler. C’est vrai. Rappelons aux marchands que l’internet n’est jamais allé les chercher, qu’au départ ce n’était pas fait pour le commerce électronique, mais bien pour partager gratuitement des travaux au sein de communautés universitaires. Si les marchands déplorent le manque de sécurité de ce réseau, répondons leur qu’ils auraient dû y penser avant. 
--Pierre Bastogne -- 
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9. Logiciels libres et hypertexte, même combat
 
Bien que son projet soit essentiellement d’examiner les possibilités d’extension de l’économie des logiciels libres à d’autres formes, comme le texte, la musique, «Libres enfants du savoir numérique» accorde finalement une place assez faible au web. C’est pourtant le principal phénomène culturel de l’internet, et l’exemple majeur d’une nouvelle économie du savoir en ligne. 
De plus, il y a une proximité frappante entre la philosophie de l’hypertexte et celle des logiciels libres. 
Le projet Xanadu (1965), de Ted Nelson, inventeur de l’hypertexte, avait pour but d’offrir un large corpus de textes ouverts aux annotations des lecteurs qui, elles même pouvaient être agrégées au corpus. La similitude entre la démarche de Nelson et celle des inventeurs du logiciel libre est évidente. 
Une des premières tentatives pour mettre en place un dispositif hypertextuel a été conduite par Douglas Engelbart, inventeur de la souris et du fenêtrage. NLS (oNLineSystem) a été développé, en 68, comme environnement de conception informatique, pour un travail collectif sur l’écriture des spécifications. 
Plus tard, Apple distribuera gratuitement le logiciel Hypercard, conçu, par Bill Atkinson, comme un outil de programmation grand public, disposant de fonctionnalités hypertexte. 
C’est la même philosophie qui animera Tim Berners Lee lorsqu’il concevra le langage HTML, au CERN, puis le diffusera gratuitement, sans aucune contrepartie. 
Fondamentalement, écrire en hypertexte sur le web, ce n’est pas seulement adopter un format qui permettra au texte d’être communiqué et lu. C’est intégrer à l’écriture même du texte le fait qu’il relève d’un corpus plus large de textes-sources et de textes-renvois. La mise en relation des textes, par les liens hypertextuels, est vidé de son sens si l’accès à ces mêmes textes est bloqué, pour des raisons juridiques ou économiques. 
En ce sens, les positions très claires de Tim Berners Lee, dans son dernier livre, contre les différentes tentatives de privatisation du net, et de segmentation du web, s’inscrivent dans le même courant que les logiciels libres. 
L’hypertexte a la philosophie du libre.
-- Francis Linart -- 
 
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CULTURE WEB 

10. Freescape: le site 
Sur  la lancée de la  publication de l’anthologie, Florent Latrive et Olivier Blondeau ont ouvert le site «freescape» afin d’offrir un espace de réflexion sur le Libre. 
Dans le même esprit que l’anthologie cette initiative se veut le lieu de débats transversaux, ouverts et contradictoires. 
La liste de diffusion «escape 1» est un forum de discussions mais aussi d’informations qui doit permettre de rassembler des articles, des annonces de colloques ou de séminaires centrés naturellement autour de la problématique du savoir numérique et du libre. 
Une entrée spécifique est accordée au débat actuel sur le prêt payant en bibliothèque et à la contre-pétition du 14 avril «pour  le prêt gratuit». 
Enfin un lien renvoie au site des Éditions de l’Eclat. 
--Rose Hermitage-- 

Clic officiel : [http://www.freescape.eu.org]

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11. dmoz.org, un catalogue contruit par les internautes
 
Internet regorge d’annuaires, mais la particularité de dmoz.org est d’être constitué et mis à jour par des bénévoles, plus de 20 000. On est donc bien dans l’univers du libre et de l’ouvert. 
Exit les bandeaux publicitaires des moteurs commerciaux. Comme tout annuaire, le but est de signaler des ressources utiles aux internautes, et on pense ici que les internautes chevronnés sont les plus à même de repérer ces ressources. Un internaute peut ainsi devenir éditeur d’une catégorie qu’il structurera et alimentera régulièrement avec ses propres découvertes et avec les sites qui sont soumis à l’Open Directory, exactement de la même façon que Yahoo par exemple. Plusieurs éditeurs peuvent exister pour une même catégorie, et avec 250 000 catégories il y a le choix. Les catégories en manque d’éditeur sont signalées; pour s’y proposer, il faut remplir un questionnaire, donner le nom de l’entreprise dans laquelle vous travaillez et proposer de façon argumenté 3 sites qui alimenteraient la catégorie. Votre offre de service acceptée, vous recevez login et mot de passe permettant d’intervenir dans la construction de l’annuaire. Les sites en langues autres que l’anglais sont répertoriés dans la catégorie «World». Ce projet, nommé Open Directory est né en 1998 à l’initiative de Netscape propriété d’AOL. Sa croissance a été fulgurante, et depuis l’Open Directory est adopté par divers moteurs de recherche tels qu’Alta Vista, Lycos et HotBot.  
19clics est intrigué, et aimerait connaître la nature des relations entre dmoz.org, site libre, et les sites similaires commerciaux. Si vous avez des informations à ce sujet, nous sommes preneurs. 
-- Elsa Zakhia -- 

Clics officiels : [http://www.dmoz.org] . Zone en français: [http://dmoz.org/World/Fran%e7ais/]
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12. Richard Barbrook et l’H.R.C
 
«Libres enfants du savoir numérique» fait une place importante aux textes de Richard Barbrook, un des fondateurs et le principal théoricien de l’Hypermedia Research Center, «rattaché bureaucratiquement» à l’Université de Westminster à Londres. HRC est à la fois une structure d’enseignement et un groupe activiste. Le site de HRC est un des bastions de la critique de l’idéologie californienne et Perry Barlow une de leurs principales cibles. Globalement, l’orientation du HRC est anti-totalitaire, anti-mondialisation, gauchiste, avec de fréquentes références au situationnisme. Les principaux textes de Barbrook édités en ligne par HRC sont les suivants: «Cyber-communism», «The holy foles.a critique of the avant garde in the age of the net.», «Californian Ideology», avec Cameron, «Media Freedom. The contradictions of communications in the age of modernity». Des extraits de «Californian ideology» et de «Reply to John Perry Barlow»figurent dans l’anthologie. HRC coopère avec Telepolis, et Nettime, dont nous avons parlé dans le n° 2 de 19clics. 
-- Edgar Lulle -- 

Clics officiels: [http://www.hrc.wmin.ac.uk/] 
[http://www.heise.de/tp/english] 
[http://www.nettime.org]
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13. Gnutella 
 
Gnutella  qui fait référence à GNU (voir dans «libres enfants du savoir numérique, le texte de Richard Stalman «le manifeste GNU» ) est un logiciel à code ouvert conçu par des programmeurs indépendants Gnutella permet les échanges de fichiers, n’importe quel type de fichiers, y compris - mais pas uniquement, à la différence de Napster, des fichiers musicaux au format MP3. 
Autre différence avec Napster: ce logiciel utilise une architecture distribuée. L’utilisateur n’a plus besoin de se connecter à un fichier central mais peut se connecter en direct à un autre utilisateur et ainsi de suite en chaîne, ce qui permet aussi de rester anonyme et de compliquer sérieusement d’éventuelles poursuites juridiques. Il paraît en effet  difficile de faire un procès à des milliers d’internautes non identifiés. 
Toujours dans la philosophie de GNU, le code source de Gnutella est disponible. 
Le 14 mars dernier, un «incident» a remis Gnutella en scène. Pendant plusieurs heures, on pouvait télécharger le logiciel à partir d’un des serveurs d’America Online. Situation délicate: à l’origine de Gnutella on trouve Nullsoft, la société créatrice de Winamp, leader des players MP3. Nullsoft a été racheté par America Online future maison mère de EMI et de Warner Music producteurs qui n’apprécient guère MP3. Ce sont les ingénieurs de Nullsoft dont Justin Frankel, le «père» du logiciel Winamp, qui ont mis Gnutella en ligne! 
Depuis cette mise à disposition jugée intempestive par America Online, un «portail Gnutella» a été créé par une équipe de quatre personnes indépendantes, désireuses de perpétuer la technologie «en clonant des petits gnutellas». Le portail  offre une liste d’adresses de serveurs Gnutella disponibles et rencontre un réel succès auprès des utilisateurs et des développeurs de la communauté Open Source qui se mettent à envisager des milliers d’internautes qui échangeraient des dizaines de teraoctets de données! 
-- Rose Hermitage -- 

Source: [http://www.mmedium.com] du 11/04/2000
Clic officiel: [http://gnutella.wego.com/go/wego.group.group?groupId=116705]

 
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ON AURAIT PU... 
14. La LICRA 
Deux actions sont menées en ce moment à l’initiative de la LICRA. La première est une action en justice: la LICRA assigne Yahoo Inc. en référé. 
La seconde est une action citoyenne: Marc Knobel, militant antifasciste et membre de la LICRA, réagit à la mise en vente sur Amazon.com du livre: «Les protocoles des sages de Sion», faux écrit en 1897 et interdit de diffusion en France mais vendu aux États-Unis. Il reste donc à faire ce que fait Marc Knobel, avertir, informer, prévenir les personnes de ce qu’elles vont lire. 
Concernant Yahoo!, le combat n’est pas gagné puisque il ne s’agit pas de Yahoo France mais du site d’enchères Yahoo!Auctions qui met en vente des objets nazis. La LICRA a appelé tous les cyber-citoyens au boycott intégral des sites Yahoo et on fait un appel à la conscience des dirigeants des pays tels les États-Unis, le Canada, la Suède ou la Grande-Bretagne où les sites négationnistes, xénophobes, racistes et antisémites se développent en toute liberté. Dans un deuxième temps, elle a procédé à une attaque en justice et demande à la société Yahoo! de «prendre les mesures nécessaires pour empêcher l’exhibition et la vente sur son site d’objets nazis dans tout le territoire national (France métropolitaine et Dom-Tom) et ce, sous astreinte définitive de 100 000 euros par jour de retard à compter de l’ordonnance à intervenir». Le Tribunal de Grande Instance de Paris entendra les deux parties le 15 mai. 
19clics continuera de vous en parler. 
-- Catherine Ficat -- 

 Clic officiel: [http://www.LICRA.com]
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15. Affaires en cours, ne pas tout confondre. Soutien à Altern.
 
La presse a rapproché plusieurs affaires en cours: celle qui oppose l’Union des Etudiants Juifs de France à l’hébergeur Multimania, et les poursuites de la LICRA contre Amazon et Yahoo! 
Attention pourtant à ne pas tout confondre. Amazon, comme Yahoo! s’abritent derrière la liberté d’expression, un peu comme Chomsky avec les négationnistes. Mais, même dans le cadre de de la constitution américaine (qui autorise l’expression d’idées racistes, nazis et négationnistes, «reconnaître la liberté d’expression de ces idées» ne signifie pas «tout faire pour encourager leur diffusion», et encore moins «gagner de l’argent avec le négationnisme et le racisme». En favorisant non seulement la vente de livres et d’objets nazis, mais l’expression d’opinions de lecteurs antisémites ou nazis, Jeff Bezos se fait deux fois complice de ces discours qu’il dit trouver répugnants. 
Au contraire, Michel Meyer de Multimania, avait fermé le site «NSDAP» (sigle du parti nazi) et le débat avec l’UEJF porte seulement sur la rapidité des fermetures successives. Si nous soutenons la position de la LICRA, nous n’avons pas de raisons de douter de la bonne foi de Multimania. 
Dans le même esprit, nous apportons notre soutien à altern.org, notre hébergeur, dans l’affaire Kalimero. 
-- Francis Linart -- 
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© 19clics - avril 2000
Les pictos sont d'Agnès Lanchon