N°12
édition du 22 novembre 2000
bi-mensuel de l'internet
culturel et politique
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5.L'ADSL ou le second souffle... court.

En quelques jours, les opérateurs ont multiplié les annonces de déploiement de leur offre "haut débit", à vrai dire, des offres ADSL. Il n'est pas anodin que ces annonces ont été faites au moment du salon du MIPCOM, le salon des programmes audiovisuels à Cannes en septembre dernier. L'ADSL, c'est la promesse d'un second souffle pour l'internet en France... à la condition que des programmes adaptés soient disponibles. C'est aussi un confort meilleur pour l'utilisateur.

Quelles sont les offres qui ont été annoncées: Mangoosta, alliée à Yahoo-France, sera le premier opérateur à louer l'infrastructure à France Télécom, et propose une offre intégrant à la fois l'installation de l'équipement ADSL et l'accès à l'internet. Mangoosta annonce que son offre sera disponible sur la quasi totalité du territoire d'ici la fin 2001 et espère " 6 millions d'internautes ADSL d'ici à 5 ans ". Il vous en coûtera 330 F par mois, équipement compris, soit une centaine de francs moins cher que la concurrence.

Club-internet (Lagardère, T-Online) veut aussi concurrencer France Télécom sur ce marché. Il compte aussi sur les contenus vidéo du groupe Lagardère (Canal J, MCM) pour alimenter son offre et créer un portail complet proposant services, contenus et applications téléphoniques en 2001. Pour conquérir de nouveaux abonnés, Club-internet a repris la formule de l'offre "anniversaire ". Le forfait ADSL est proposé à 63 francs par mois contre 130 francs, hors coût d'installation France Télécom.

Face à ses nouveaux challengers, France Télécom ne reste pas inactif. Jusqu'en janvier 2001, il garde le monopole sur la boucle locale et compte bien profiter de cette avance jusqu'au dernier moment. Afin d'être en mesure de lancer en 2001 un portail haut débit appelé à ce jour "Wanadoo TV", l'opérateur historique regroupe ses activités audiovisuelles au sein d'une même entité: Wanadoo Audiovisuel sera producteur de programmes et le laboratoire de nouveaux contenus construits avec de nouvelles écritures. L'objectif est de faire de Wanadoo, aujourd'hui premier fournisseur d'accès en France, "un média d'audience" selon son PDG, Marc Welinski.
Wanadoo Audiovisuel regroupe les sociétés suivantes: Ideale Audience (documentaires musicaux), Fit Production (fictions TV, sitcoms, et documentaires), Chaman Production (jeux en ligne et films d'animation en 3D) et France Animation (dessins animés). Wanadoo Audiovisuel pilote aussi les participations dans quatre chaînes thématiques : "histoire" (15%), "Mezzo" (50%), "Régions" (40%) et "Computer Channel" (chaîne sur internet). Wanadoo Édition, autre filiale, alimente les contenus de loisirs et de jeux on-line et off-line. Bénéfice secondaire de ces regroupements: ces filiales, présentées comme des entités cohérentes, pourront être introduites progressivement en bourse pour financer la croissance du groupe.

Qu'en penser? Toutes ces offres concurrentes sont construites à partir du même présupposé. Le haut débit demande des contenus adaptés, alliant vidéo et technologies animées. Ces contenus, placés sur des plates-formes intermédiaires et organisés en portails plus ou moins propriétaires, doivent être assez riches et variés pour intéresser la clientèle et générer une économie de média. Cela reste un pari. Ce schéma se rapproche en effet au plus près de celui de la télévision interactive. Il suffit de regarder les dernières publicités pour le bouquet satellitaire Canalsat. Or, l'offre de télévision interactive est disponible partout sur le territoire, à partir d'un équipement de base, le poste de télévision, présent dans tous les foyers, sur une base de clientèle identifiée, analysée et choisie.

On peut donc faire aussi le pari inverse. Si l'internet haut débit, privilégiant la voie descendante pour diffuser, ne sert qu'à faire en moins bien ce qu' on peut avoir sur son téléviseur, les opérateurs vont échouer comme ont échoué ceux qui ont cru que de la mauvaise vente par correspondance sur l'internet pouvait remplacer l'épicier du coin. A suivre, donc.

Pierre Bastonge (pierre.bastogne@caramail.com)

 



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